Congo Brazza : Comment l’ARPCE et Yves Castanou ont défini les conditions d’accès à la fibre optique

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Congo Brazza : Comment l’ARPCE et Yves Castanou ont défini les conditions d’accès à la fibre optique
Crédit photo : TIC Mag

(TIC Mag) – Au Congo Brazza, l’Autorité de régulation des postes et des communications électroniques (ARPCE) a joué un rôle majeur dans l’implémentation et la mise à la disposition du public de la fibre optique. Comment pose-t-on la fibre optique ? Combien cela coûte ? Qui a le droit de déployer la fibre ? Dans quel cadre doivent-ils le faire ?  Qui a accès à la station d’atterrage et combien cela coûte ? Ce sont autant de question qu’a adressé l’ARPCE au Congo pour une meilleure utilisation de la fibre optique. Et le directeur général de l’ARPCE, Yves Castanou, a bien voulu expliquer à l’équipe de TIC Mag comment.

De prime abord, un cadre réglementaire a été mis sur pied par le régulateur télécoms.  « C’est très important. Beaucoup de pays n’ont pas mis en place le cadre réglementaire par lequel la fibre optique doit être déployée », se félicite Yves Castanou. Tout en précisant : « On a mis en place des conditions de construction, d’exploitation et d’accès à l’infrastructure ». Au Congo Brazza, apprend-on, tous les opérateurs ont le droit d’accéder à l’infrastructure à condition d’être en règle avec les textes législatifs du secteur des télécoms au Congo.

L’ARPCE a également validé un catalogue d’interconnexion. Dans ce catalogue de référence distribué à tous les opérateurs figure tous les différents éléments de structuration des coûts de la fibre optique. Tout comme le régulateur a œuvré pour une baisse substantielle des tarifs de la bande passante. « Le régulateur a également mis en place l’environnement tarifaire dans lequel les coûts de location des capacités nationales et internationales en matière de fibre optique sont indiqués. On s’est battu pour que le coût de location d’une liaison internationale E1 (capacité internationale 32 lignes E0 de 2 Mbps, ndlr) soit revu à la baisse. Aujourd’hui, l’E1 sur satellite varie autour de 600 et 700 euros. On s’est arrangé pour que le prix de location de l’E1 pour un opérateur qui veut avoir un E1 entre Brazzaville et Paris ou Pointe Noire et Paris et peut-être Pointe Noire et dans des villes du Portugal soit inférieur au coût de location du Vsat », affirme Yves Castanou.

D’après lui, aujourd’hui au Congo, le coût de l’E1 serait entre 400 et 500 euros alors qu’avant il fallait payer 1500 ou 1 000 euros via le satellite.

La menace des OTT

Avec l’accessibilité de la fibre optique, de l’Internet mobile, les populations congolaises se sont ruées vers les services des OTT comme WhatsApp, Facebook Messenger ou encore Viber pour effectuer des appels ou envoyer des sms à leurs proches et connaissances. Conséquence, selon le rapport 2016 du marché de la téléphonie mobile en République du Congo que vient de publier l’ARPCE, le revenu total des trois opérateurs (MTN, Airtel et Azur) a connu une baisse passant de 267,1 milliards de F.CFA en 2015 à 236,7 milliards de FCFA en 2016. L’on a en effet enregistré en 2016 un trafic total voix entrant (national entrant et du trafic international entrant) de 601,1 millions de minutes. Par rapport à l’année 2015, cela représente une baisse de 23,8%.

Aussi, le volume des appels internationaux entrants a chuté.  Entre 2012 et 2016, l’on a enregistré une baisse de 33,5%. Entre 2015 et 2016, ce trafic international entrant a baissé de 17,8%.

Et les OTT sont en grande partie responsables de cette chute des revenus des opérateurs. Ce qui a une répercussion sur le volume des taxes et redevances à verser à l’Etat congolais. Faut-il dans ce cas interdire les services des OTT au Congo Brazza ? « Surtout pas ! », répond Yves Castanou. Les OTT sont en train de tuer le marché, reconnaît-il. « Nous nous sommes attelés à développer le mobile pour faire en sorte qu’il y ait de l’Internet mobile au plus grand nombre de Congolais avec des offres très attractives et très alléchantes. C’est ce qui a été fait. Mais, on s’est vite rendu compte que cela est en train de faire perdre de la valeur au marché. Les opérateurs télécoms perdent de l’argent à cause de cet Internet mobile à travers les services des OTT comme WhatsApp et autres », ajoute-t-il. Mais, « on ne va pas supprimer les services des OTT comme certains pays comme le Maroc l’ont fait il y a quelques temps avant de se raviser », indique le DG de l’ARPCE.

Congo Brazza : Comment l’ARPCE et Yves Castanou ont défini les conditions d’accès à la fibre optique

Le régulateur doit protéger l’intérêt du consommateur, de l’Etat, mais aussi des opérateurs. Il ne faut pas que les opérateurs télécoms coulent.Yves Castanou

Les forfaits mensuels combinés

Quelles solutions dans ce cas ? Au Congo Brazza, le DG de l’ARPCE et les opérateurs mobiles travaillent ensemble à trouver des solutions adéquates. D’après les explications d’Yves Castanou, l’Arpce est en train de chercher et d’expérimenter des systèmes à l’instar du Data Management System. Un système de monitoring que le régulateur peut mettre en place qui lui permet de mieux monitorer la progression fulgurante du trafic data. « Je ne suis pas sûr que les opérateurs eux-mêmes peuvent présenter la progression du flux du trafic data chez chacun des OTT comme WhatsApp, Viber et autres », affirme le DG.

Parmi les solutions à l’étude, les offres et forfaits combinés des opérateurs mobiles. C’est-à-dire proposer des forfaits Internet + voix + SMS. Conditionnalité ici, Internet permettra juste de naviguer. Mais, si un abonné veut souscrire à une offre Voix + Internet (avec appel sur IP) + SMS, il y a un coût supplémentaire à payer. Au lieu de payer 50 000 francs Cfa pour un forfait, l’utilisateur qui voudra effecteur des appels sur IP payera par exemple 60 000 francs Cfa. Le but étant de faire en sorte que les opérateurs mobiles rentrent dans leurs investissements.

« En Italie par exemple, lorsque vous voulez passez un appel IP, l’opérateur prévient l’abonné qu’avant de passer l’appel, il doit activer le forfait Appel sur IP qui lui coûte cinq euros de plus. Multiplié par un volume de plusieurs abonnés, les opérateurs réussissent à rentrer dans leur frais », illustre le DG de l’ARPCE.

Faible ARPU

Le point faible de cette solution réside dans le fait que les Africains sont habitués au prépayé et moins réceptifs aux forfaits mensuels que proposent certains opérateurs proposent. En Europe, ils ont moins de charges (pas de problème d’énergie électrique par exemple) et plus de revenus. Pourtant, en Afrique, il y a plus de charges, d’électricité notamment, et moins de revenus. Le DG de l’ARPCE explique que si en Afrique il y avait par exemple un courant électrique de bonne qualité, les opérateurs télécoms feraient des choses extraordinaires. Les coûts étant fixés en fonction de l’investissement effectué, plus les charges sont élevées, plus les répercussions se ressentent sur les consommateurs qui doivent payer plus.

Ces forfaits mensuels seraient donc plus avantageux pour les opérateurs. « A l’époque, quand je suis arrivé à l’ARPCE, le revenu moyen mensuel dépensé par abonné (ARPU) au Congo pour la voix était environ de 10 000 francs Cfa. Ailleurs, en Europe et en France particulièrement, c’est autour de 30 euros. Comment le savoir, la plupart des forfaits sont proposés à 30 euros. Car la plupart des opérateurs savent qu’avec 30 euros multiplié par six millions d’abonnés, l’on se fait un bon bénéfice », explique Yves Castanou

Mais seulement, au fil des années, l’ARPU au Congo a chuté. Pour l’année 2016 par exemple, le revenu moyen dépensé par abonné au Congo pour la voix s’est situé à 4 166 francs CFa par mois. En 2015, il était de 4 646 F CFA. La dépense mensuelle moyenne des abonnés a donc baissé de 10,3% entre 2015 et 2016, contre 3,0% sur la période 2014-2015. Et les services des OTT sont en partie responsables.

A la question de savoir pourquoi le régulateur s’évertue à trouver une solution à la problématique des OTT avec les opérateurs, Yves Castanou répond que « le régulateur doit protéger l’intérêt du consommateur, de l’Etat, mais aussi des opérateurs. Il ne faut pas que les opérateurs télécoms coulent ». Des rencontres régulières à ce sujet sont prévus avec les opérateurs.

Quid des coûts de l’Internet au Congo ?

Parlant du consommateur, comment faire en sorte que l’abonné moyen paye moins pour disposer de l’Internet. Le DG de l’Arpce rappelle que les coûts moyens des communications téléphoniques en République du Congo sont les plus bas de la sous-région Cémac. Yves Castanou pense qu’aujourd’hui les tarifs ont baissé. « On est parti des bundles de 30 000 francs Cfa pour quatre giga à ceux de 5 000 francs Cfa et de 2 000 francs Cfa. Le défi à présent réside dans la qualité du service de l’Internet mobile, son accessibilité partout et la maintenance », indique le DG qui expliquait quelques jours plutôt que « l’ARPCE est le régulateur. C’est son travail de contrôler les prix et je vous dis qu’aujourd’hui nous avons les tarifs de communications électroniques les plus bas. Ils sont moins cher qu’au Cameroun, nous sommes moins cher qu’au Gabon. Aussi bien au tarif vocal qu’au tarif Internet. Pour la RCA, je n’en parle même pas… »

Selon l’Arpce, les offres Internet validées à ce jour par le régulateur se présentent de la manière suivante : entre 25 et 125 FCFA/MB pour les offres pay as you go et entre 0,4 à 20 FCFA le MB pour une durée de un à 30 jours pour les autres forfaits. Le régulateur précise que le revenu mensuel par MB ne cesse de baisser (voir tableau).

D’après Yves Castanou, le véritable défi de la fibre optique au Congo c’est de valoriser et optimiser l’investissement de l’Etat, à travers une meilleure organisation et structuration de l’opérateur historique, gestionnaire du patrimoine de l’État. « Ce n’est pas une spécificité du Congo. C’est le challenge dans de nombreux pays africains avec les opérateurs historiques : amener le haut débit et les contenus partout dans l’ensemble du pays et rentabiliser les infrastructures et investissements de l’Etat », conclût-il.

Propos recueillis par Beaugas-Orain DJOYUM, à Brazzaville


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