Crise au Cameroun : suspendre Internet pour stopper une révolte en réseau

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(TIC Mag) – Depuis quelques semaines, le gouvernement camerounais et les représentants du consortium d’associations des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest se livrent une guerre sans merci sur la toile. Le 17 janvier, Etoudi a assené le coup de grâce à son adversaire en suspendant complètement l’accès à Internet dans les deux régions constestaires. Le régime de Yaoundé met en exécution  une  stratégie pensée par  ses « stratèges. »

En effet, dès l’entame du mouvement de contestation, le gouvernement a choisi l’option de la prudence lorsqu’on connaît sa frilosité pour les réseaux sociaux. Face à la popularité grandissante de ce mouvement et surtout face à la peur de voir la situation gagner les autres grandes villes, les stratèges d’Etoudi ont pensé à une réponse institutionnelle. A défaut d’utiliser les mêmes canaux l’on a préféré les médias traditionnels (télé, radio et presse écrite).  Le ministère des postes et télécommunications se chargera de la riposte.

De millions de messages en français et en anglais rappelant la pénalisation des fausses nouvelles sur internet seront envoyés dans un premier temps aux abonnés de téléphonie des régions du Nord-ouest et du Sud-ouest. Ensuite, suivront les autres régions. Malheureusement le résultat escompté reste assez mitigé. De nombreux  bloggeurs vont y répondre avec  humour. « Donc si je dis sur Facebook que je suis en train de boire une Heineken alors qu’en réalité je bois une Castel dont je suis passible d’une peine d’emprisonnement ? » entre autre répliques.

WhatsApp mis à contribution

Après cette phase « d’intimidation » l’on est passé à celle du «  bouc émissaire ». Elle consiste à trouver des responsables, quelques présumés ennemis de la République et les présenter aux yeux des « paisibles camerounais » comme ceux qui  veulent  mettre à feu et à sang le pays. Ces derniers seront recrutés dans deux corps de métiers. Journalisme et enseignement. L’un est présenté comme le financier et l’autre comme le bras séculier.

Cette fois les réseaux sociaux généralistes notamment WhatsApp sont mis à contribution.  Le résultat est cette fois ci diffèrent. L’on assiste à une certaine radicalisation des Camerounais d’expression française. L’on  constate  donc de ce fait l’apparition d’adjectifs qualificatif à connotation péjoratives dans la presse. Ces derniers vont désigner  le combat mené  par les compatriotes de la partie anglophone du pays avec des adjectifs qualificatifs que l’on ne retrouve dans des pires dictatures.  Le chroniqueur Jean Jacques Ze de la chaîne de télévision Vision4 se sentira obligé de justifier sur sa page Facebook l’emploi du terme « dératisation » employé dans une de ses chroniques.  Les ennemis de la Nation et de l’unité du pays sont donc connus croit-on savoir de la partie francophone du pays.

7.500 000 F.Cfa levés en  12h pour un syndicaliste

Face à la victoire que le gouvernement savoure déjà, les défenseurs de la cause anglophone vont réajuster leur stratégie de communication sur la toile.  Pour le faire ils développement une technique qui repose sur deux piliers. Des lanceurs d’alertes et des activistes. Les lanceurs d’alerte sont chargés  de suivre les évènements sur le terrain et de créer des hashtag qu’ils se chargeront de partager sur les plateformes afin de créer le buzz. C’est ainsi qu’on verra naître les hashtags comme Buea, Bamenda, Ghostown, freedomambazonia… A ces hashtags l’on va associer rigoureusement #Cameroon pour avoir plus d’impact.

Les lanceurs d’alerte sont aussi associés au crowdfunding (la mobilisation des fonds via des plateformes de financements participatifs). L’une de leur meilleure réussite est la collecte de plus de 15 000 dollars (environ 7.500 000 F.Cfa)  en  12h pour l’achat d’un nouveau véhicule pour le syndicaliste Dr Fontem Neba qui a vu son véhicule brulé à l’Université de Buea.

Les activistes quant à eux s’abreuvent au quotidien au site d’information bareat.news. Ces derniers qui sont repartis à travers le monde ont pour mission de publier au moins cinq nouvelles informations tous les jours sur la cause anglophone. Ces informations sont reprises en boucle par la communauté des internautes.

L’implication de Snowden

Visiblement les partisans de la cause anglophone ont jusqu’ici mieux utilisé les réseaux sociaux en sachant mieux faire passer leur message et surtout en se positionnant comme des victimes. Leur message circule mieux et attire davantage de sympathie sur le plan international. Certains défenseurs éponyme des libertés  notamment  l’américain SNOWDEN ont d’ailleurs pris fait et cause pour eux. Cela pourrait se traduire dans les prochains jours par  la signature d’une pétition qui obligera  le gouvernement à faire des concessions.

Du côté du gouvernement camerounais, le blocage de l’Internet et les menaces formulés dans les différents messages confortent les arguments de ceux qui pensent que le Cameroun est une dictature. Face à la pression des bailleurs de fonds et de la communauté internationale, les restrictions seront levées, mais le Cameroun sera obligé à nouveau de négocier. La suspension de l’Internet ne sera pas un argument en sa faveur.

Par Alain Georges Lietbouo, Journaliste spécialiste des TIC

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