Mobile money : Le nouveau dilemme des banques centrales

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Ph. MANPREET ROMANA/AFP/Getty Images

(TIC Mag) – Le mobile money semble être devenue l’une des principales préoccupations des banques centrales sur le continent africain aujourd’hui. Au cours des dernières années, le nouveau système a connu une progression fulgurante dans plusieurs pays et tend désormais à rivaliser avec les banques traditionnelles.

En Côte d’Ivoire par exemple, le ministre de l’Économie numérique Bruno Nabagné Koné affirmait en marge de la 3e édition de l’Africa Web Festival (AWF), que « Le mobile money en Côte d’Ivoire c’est 8 millions d’utilisateurs pour 18 milliards de FCFA de transactions quotidiennes. »

Pareillement au Cameroun, le mobile money est utilisé par plus de 5 millions de personnes. Leader de ce segment avec 2,8 millions d’utilisateur, l’opérateur Orange Cameroun a revendiqué un trafic de 12 milliards de F.Cfa sur sa plateforme Orange money en 2016, alors que les prévisions de son partenaire Bicec tablaient sur un volume de transaction de 2 milliards de F.Cfa.

Au départ, pour s’implanter solidement sur le marché, les opérateurs ont dû nouer des partenariats avec des banques classiques pour étendre et faire connaitre leurs services. C’est ainsi qu’au Cameroun par exemple Orange s’est associé à la Bicec et à Ecobank et Afriland First Bank et son principal concurrent, MTN Cameroon (2,6 millions d’utilisateurs) est également en partenariat avec Afriland First Bank. Seulement, avec le temps, les opérateurs ont de plus en plus migré vers plus d’autonomie vie à vis de leurs partenaires bancaires.

En Afrique de l’Ouest notamment, Orange a obtenu en début mars 2016 auprès de la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) trois agréments pour devenir établissement émetteur de monnaie électronique au Sénégal, au Mali et en Côte d’Ivoire. Concrètement, ces agréments lui permettront de gérer sans partenaire bancaire le paiement de factures ou des transferts d’argent à partir des comptes Orange Money de ses clients.

En Afrique centrale également, preuve de son agressivité commerciale, MTN Cameroon a suspendu en partie le portail « Express Union mobile », du nom du leader du marché camerounais du transfert d’argent. Une suspension dénoncée par Express Union, qui a obtenu gain de cause auprès du régulateur des télécoms ainsi que devant la justice qui a statué en sa faveur.

Seulement, les acteurs du système financier classique voient d’un mauvais œil cette expansion du mobile money et estiment que leurs pratiques sont en marge de la réglementation. Une plainte dont s’est saisie la Banque des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bcéao) qui a interdit les opérations de transferts de fonds de Orange money entre les pays de l’UEMOA et la France, jugeant la pratique non autorisée.

Pareillement, la Banque des Etats de l’Afrique Centrale (BEAC) a menacé d’être beaucoup plus strict concernant  le mobile money, notamment les transferts en dehors de la zone CEMAC : « Mais logiquement, ce sont les banques qui doivent se charger des transferts en dehors de cette zone. Vous avez des opérateurs de téléphonie mobile qui, sans avoir l’autorisation, ou les contraintes auxquelles sont soumises les banques, font exactement l’activité des banques. Il faut mieux assurer ça », expliquait-il. Selon lui, il est impératif d’encadrer le mobile money pour éviter des risques de blanchiment et d’évasion fiscale ou même le financement du terrorisme.

Des propos qui augurent certainement un renforcement de la réglementation en matière de mobile money aussi bien en Afrique centrale et en Afrique de l’Ouest.

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