Beaugas-Orain Djoyum : « L’Antic peut offrir gratuitement le .Cm »

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Le directeur général du cabinet ICT Media Strategies et par ailleurs directeur de publication de TIC Mag, le portail web d’actualités quotidiennes sur les TIC et Télécoms en Afrique centrale, estime que le Cameroun, pour vulgariser son nom de domaine local et inciter les entreprises et organismes à l’adopter, doit l’offrir gratuitement pour les premières années d’utilisation.

Pourquoi d’après-vous de nombreux Camerounais disposant de sites web n’adoptent pas toujours le .Cm ?

D’après les chiffres de l’Agence nationale des technologies de l’information et de la communication qui gère le .Cm, à la fin du mois de décembre 2015, l’on rassemblait 53 500 sites web enregistrés en .Cm. Ce qui veut clairement dire que de nombreux Camerounais n’adoptent pas leur nom de domaine pays. Notons que le nom de domaine pays que les experts appellent Country Code Top Level Domain en abrégé ccTLD est l’extension d’un nom de domaine spécifique à un pays. Chaque pays a le code de son nom de domaine, généralement constitué de deux lettres. .cm pour le Cameroun. Le site web de la Présidence de la République www.prc.cm par exemple dispose d’un nom de domaine de premier niveau avec l’extension du code pays. Pour répondre précisément à votre question, je dirais que plusieurs raisons pourraient justifier la situation actuelle.

Il y a quelques années, le nom de domaine camerounais a subi de graves menaces de la part des pirates et hackers chinois, qui du fait de la proximité du .cm avec le .com (nom de domaine commercial) et avec le .cn (nom de domaine chinois) ont acquis des extensions en .cm pour rediriger les internautes vers d’autres sites web proposant de la publicité. D’autres hackers ont même réussi à infecter des sites web camerounais ayant l’extension .cm avec divers malwares permettant aux visiteurs de ces sites d’être espionnés à leur insu. Ce qui avait en son temps valu au .Cm camerounais la palme d’or du nom de domaine le plus risqué et le plus piraté au monde. C’était en 2009. Ce classement dressé par le géant américain en sécurité McAfee dans son fameux rapport « Mapping the Mal Web », à mon avis, avait un peu découragé les Camerounais qui avaient la volonté d’acquérir un nom de domaine local. Depuis lors, des dispositions ont été prises par les autorités camerounaises pour limiter les risques et sécuriser au mieux le nom de domaine .Cm. A ce jour, il n’y a plus de risque à avoir son nom de domaine en .Cm. D’ailleurs, le site web du cabinet ICT Media Strategies que je dirige dispose d’une extension en .Cm. (www.ictmedia.cm)

Autre raison, certaines personnes pensent également que c’est très cher d’avoir un nom de domaine local camerounais. D’autres ne l’adoptent pas faute d’information et ne savent pas quels sont les avantages à disposer d’un site web avec l’extension .cm.

Quels sont donc les avantages pour les Camerounais d’avoir un nom de domaine local en .cm qu’en .com ?

Avoir un site web avec un nom de domaine local a plusieurs avantages. Prenons un seul exemple pour montrer son utilité. Le .cm permet de vous identifier comme une entreprise, une institution, ou une organisation offrant ses services au Cameroun. Si par exemple, un groupe de Français décident de se rendre en vacances au Cameroun, lors des préparatifs de leur périple, ils vont rechercher en ligne des des hôtels ou des restaurants camerounais de Yaoundé ou Douala. Après avoir tapé le mot « restaurant camerounais » dans un moteur de recherche, parmi la dizaine de résultats de recherche qui s’affichent, ces touristes auront plus envie de cliquer sur le lien d’un restaurant camerounais disposant de l’extension .cm., ndole.cm par exemple au lieu de ndole.com. Ceci parce que l’internaute sait à partir de l’Url que ce restaurant est spécialisé Cameroun et offre des plats camerounais. Et lorsqu’il clique sur le lien et qu’il est satisfait du menu proposé, il réserve et n’a plus besoin de fouiller ailleurs sur le web.

Ainsi, en l’espace de quelques secondes, le promoteur du restaurant dont le site est ndole.cm a gagné de nouveaux clients. Une perte invisible pour le restaurant camerounais ayant choisi d’avoir un site web avec l’extension .com. (ndole.com). On peut multiplier des exemples ainsi dans plusieurs domaines. Vous comprenez qu’on peut donc gagner beaucoup d’argent simplement parce qu’on a un nom de domaine pays.

Les grands acteurs de l’économie numérique comme Google ont compris ce principe et ses avantages il y a longtemps. Pour avoir des résultats de recherche encore plus pertinents et plus proches de ses utilisateurs, les ingénieurs de Google ont acquis les noms de domaine locaux dans de dizaines de pays africains. C’est ainsi que vous avez en plus de google.com, des extensions pour de nombreux pays. Google.cm pour le Cameroun, google.sn pour le Sénégal ou encore google.td pour le Tchad. Le nom de domaine pays est donc un formidable outil pour cibler son marché et ses clients. Chez Google, ils vous disent que c’est pour avoir des résultats de recherche plus pertinent et correspondant aux réalités locales. Il faut se poser la question :  si Google qui est aux Etats-Unis acquiert une extension en .cm, pourquoi moi qui suis au Cameroun, ne devrais-je pas également avoir un site web avec un nom de domaine .cm ?

Comment faire, d’après vous, pour démocratiser l’usage du .cm et permettre aux promoteurs de sites web qui ne l’ont pas encore adopté de le faire ?

Deux solutions : D’abord, il appartient aux autorités en charge de la gestion de ce nom de domaine local de faire une promotion structurée autour du .cm. La communication autour du .cm doit être constante et ordonnée. L’Agence nationale des technologies de l’information et de la communication (l’ANTIC) doit être plus organisée en matière de communication sur les avantages du .cm. C’est parfois avec de la peine que l’on constate que l’Antic n’est pas toujours présente dans les événements organisés par les jeunes passionnés des TIC. Pourtant, elle doit avoir un répertoire de tous les événements majeurs organisés par les jeunes du numérique et y participer et sensibiliser. Et aussi, avoir une stratégie pour communiquer auprès des personnes ayant un site web ou susceptibles d’en avoir. On a l’impression que l’Antic abandonne un peu ce travail de promotion du .cm aux registres qui commercialisent aussi ces noms de domaine. Tous doivent s’y mettre car les bénéfices seront partagés.

Ensuite, il faudrait que l’Antic mette en place une politique d’acquisition plus souple du .cm. Quand un webmaster explique à un client que pour le nom de domaine qu’il a choisi l’extension .org est gratuit, le .com coûte 1 500 francs et le .cm coûte entre 7 000 francs et 10 000 francs, généralement, le choix est vite fait. Le promoteur qui veut dépenser moins prend le .com ou le .org. L’Antic peut donc offrir gratuitement le .cm. L’ offrir gratuitement pour la première année d’utilisation. Pourquoi pas pour les deux premières années ? Les années suivantes, elle pourrait exiger des frais annuels comme elle le fait actuellement. Certains pays comme le Gabon voisin ont adopté cette politique depuis 2013 et aujourd’hui, les résultats sont encourageants en terme de nombre de sites web ayant adopté le .ga (550 000 recensés en 2015). Cette politique de gratuité pourra permettre à ceux qui pensent que le .cm est cher de l’adopter. C’est également un moyen pour renflouer les caisses de l’Etat. Car sous d’autres cieux, les noms de domaine sont considérés comme une industrie. Imaginez combien d’argent peuvent se faire les autorités allemandes qui disposent plus de 15 millions de sites web enregistrés en .de s’ils fixent le tarif annuel de location à 10 euros !

Propos recueillis par Viviane Bahoken


Lire aussi ce mini-dossier de Viviane Bahoken paru dans le quotidien Mutations :

Accès au .cm : Qu’est-ce qui bloque ?

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