Tidjane Deme : « Pour Google Afrique, le Cameroun est une priorité »

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Tidjane Deme


Directeur Afrique francophone de Google, il présente la stratégie du moteur de recherche  au Cameroun et commente les nouveautés de quelques produits.

Google a organisé du 15 au 16 juin 2011 à Douala le G-Cameroon, une rencontre qui permettait de présenter les produits de Google et de montrer ce que fait l’entreprise. Quel était l’objectif recherché ?

Google était présente au Cameroun pour rencontrer les Camerounais. C’était un événement dans le cadre des journées G-Africa. G-Cameroun, c’était deux jours de rencontre. La première consacrée aux développeurs et la seconde consacrée aux entrepreneurs.

Ce que nous voulions faire, c’était de rencontrer la communauté, leur montrer ce qu’Internet peut faire pour eux et les écouter sur ce qu’on peut faire pour les aider à mieux se servir de ces outils qu’on leur présente. Nous avons présenté un certain nombre d’outils, ce qu’ils peuvent faire avec les technologies Google. Nous avons eu des panels de discussions avec des entrepreneurs locaux et surtout un maximum d’échanges avec la vingtaine des googlers (employés de Google) qui ont fait le déplacement.

 

Pourquoi avoir choisi le Cameroun ?

Nous avons aujourd’hui une équipe Google Africa qui est présente dans six pays. Le bureau de Dakar est un pôle pour l’Afrique francophone qui compte 19 pays. En Afrique francophone, pour nous, les priorités sont le Cameroun, le Sénégal et la Côte d’ivoire. Parce que ces pays sont des pays où l’on voit un grand potentiel en termes de développement de l’Internet et de possibilité de faire des choses qui ont de la valeur.  Je dis toujours que les gens sous-estiment l’Afrique francophone au sein de l’Afrique. Mais, c’est 19 pays, c’est un tiers de la population du continent, c’est ¼ du Pib, pour nous, ce qui est important c’est comment faire pour identifier les priorités sur lesquels nous travaillons. Les pays prioritaires pour nous dans cette zone, ce sont les pays que je viens de citer. On fait des choses d’autres pays, mais l’essentiel de nos efforts est concentré sur ces trois pays.

Quel est le potentiel du Cameroun évalué par Google en termes de pénétration d’Internet et surtout en termes du nombre d’internautes ?

Je ne vais pas faire le devin. Mais, ce que veux dire c’est que nous voyons le potentiel du Cameroun comme nous voyons le pays. Il y a un potentiel économique au Cameroun et cela va avec. Il existe un réservoir d’internautes inexploité qu’il faut exploiter. Ce potentiel, vous pouvez le voir dans le segment de la jeunesse, c’est une population relativement jeune, bien éduquée, qui sait ce qui se passe dans le monde, donc qui comprend les enjeux d’Internet et qui veut se l’approprier. C’est en plus un pays où le mobile commence à avoir une bonne pénétration  et le mobile est la prochaine plateforme pour aller sur Internet.

Nous nous disons que le Cameroun est un pays où si on parvient à débloquer toutes les barrières de coût, d’infrastructures, qui permettraient aux sociétés d’offrir Internet sur le mobile, on verrait des millions de Camerounais venir en ligne.

Il y a quelques années les grandes multinationales ne s’intéressaient pas à l’Afrique. Aujourd’hui, on remarque un regain d’intérêt pour le  continent noir. Que représente l’Afrique en général pour Google ?

L’Afrique représente aujourd’hui un terrain de croissance. Je suis catégorique là-dessus. Quand vous voyez les grandes entreprises comme Google et bien d’autres s’installer en Afrique, c’est pour une seule raison : c’est parce qu’il y a un potentiel de croissance.  Et ce potentiel de croissance, peut être elles le perçoivent mieux que les Africains eux-mêmes. Il y a un potentiel technologique et économique énorme à exploiter en Afrique. Et c’est pour cela que nous sommes venus au Cameroun. A Google, nous croyons que notre business peut croître en Afrique, parce que l’Afrique va se développer.

Après le Ghana, le Kenya et l’Ouganda en 2010, Google a lancé en mai 2011 le paiement par Western union pour Google Adsense (revenues publicitaires générés par la régie publicitaire de Google) au Cameroun et dans deux autres pays, notamment le Sénégal et l’île Maurice. Qu’est-ce qui justifie ce changement de politique de paiement ?
Comme je le disais tout à l’heure, pour que l’Internet se développe, il faudrait que des gens aient un accès plus facile et moins chère à l’Internet, mais il faut également qu’ils aient accès à un contenu intéressant, pertinent et utile pour eux. Ce que nous croyons, c’est que ce contenu va être créé par des Camerounais. Il se trouve qu’aujourd’hui, lorsque les développeurs mettent les contenus intéressants en ligne, une des solutions pour générer des revenus à partir de ce contenu, c’est la publicité en ligne en utilisant Google Adsense comme régie publicitaire. Et jusqu’à présent, la seule solution pour recevoir de l’argent généré Google Adsense, c’était des chèques en dollars. Nous avons écouté la communauté et nous avons compris que les chèques en dollars posaient un problème et nous avons essayé de leur offrir un moyen de paiement plus simple et plus direct. Ce que nous voulons, c’est encourager ces développeurs de créer plus de contenus, à créer plus de site web, à gagner plus d’argent et faciliter les moyens de création de contenu et de réception de l’argent généré par ces contenus.

A combien évaluez vous le nombre de sites web camerounais disponibles en ligne et le nombre de site web camerounais utilisant Google Adsense ?

C’est difficile à évaluer, parce que, généralement, les sites web ne sont pas hébergés sur le domaine .cm, mais sur le .com, .net et .org. En plus, Internet est essentiellement global et ne connaît pas de frontières. Ce que nous pouvons dire de manière générale, c’est qu’il y en a trop peu. Quand on regarde certains indicateurs, le nombre de domaines locaux en Afrique est beaucoup plus bas que partout ailleurs dans le monde. On parle d’un nom de domaine pour 10 000 habitants, contre un nom de domaine pour 100 habitants dans le reste du monde.  A partir de cet indicateur, l’on se rend compte qu’on n’a pas assez de contenu. Si on regarde les contenus locaux indexés dans notre plateforme de moteur de recherche, il n’y en a pas assez. Sur You Tube également, il n’y a pas assez de contenus camerounais. Ce qu’on peut dire de manière générale, c’est que l’Afrique ne manque pas de contenus. Ce contenu n’est simplement pas encore présent en ligne et nous voulons aider les gens qui ont ce contenu à le mettre en ligne et en bénéficier.

Il y a plus d’un an, Google a lancé google.cm.  Quel bilan en faites-vous à ce jour ?

D’abord, il faut savoir pourquoi on fait cela. Nous lançons google.cmgoogle.sngoogle.fr, etc., parce que nous voulons rendre les recherches plus pertinentes localement. Quand un internaute lance une recherche sur Google.fr, on sait déjà que c’est un francophone. Nous voulons aller plus loin. Nous voulons savoir si c’est un francophone qui est au Cameroun. S’il cherche un restaurant, on ne doit pas lui afficher un restaurant de Paris ou de New York. On doit lui afficher des restaurants de Yaoundé, Douala ou Bertoua.  Il y a cet aspect. En plus, cela nous permet aussi de lancer des services spécialisés destinés au Cameroun. Aujourd’hui sur Google.cm, vous avez Baraza qui est un service de questions réponses en Afrique francophones que vous ne retrouverez pas sur Google.fr. Vous pourrez également trouver plus tard l’hébergement en langue locale. C’est le cas avec google.sn où vous pouvez avoir la version wolof. Il y a donc beaucoup de raisons d’avoir un nom de domaine local.  Notamment, pour rendre plus visibles les sites web locaux et de mieux répondre aux attentes des internautes Camerounais.

Pourquoi google.cm n’est pas hébergé au Cameroun, mais plutôt au Etats-Unis ?

Comment savez-vous qu’il est hébergé aux Etats-Unis ?

Il y a un module complémentaire de Firefox qui permet de savoir où sont hébergés les sites web…

Je vous dis cela, parce que je ne sais pas où sont hébergés les plateformes de Google. Google est une structure globale qui a ses centres d’hébergement partout dans le monde. L’hébergement dans un pays ou dans un autre n’a rien à voir avec les services qui sont offerts. A mon avis, les centres d’hébergement sont là où ils sont. On n’a pas un centre d’hébergement par pays. Ce qui est important c’est de savoir si les gens qui sont dans ce pays là ont les résultats qu’ils recherchent à la bonne vitesse. Là où il y a le centre d’hébergement n’est pas important.

Google Afrique vient d’annoncer un partenariat avec l’organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) pour aider les artistes Africains dont les œuvres sont diffusées sur Internet d’entrer dans leurs droits et de gagner de l’argent. Mais, les artistes camerounais ne pourront pas bénéficier de cet argent. Pourquoi le Cameroun n’a pas été retenu parmi les 11 pays africains sélectionnés pour ce projet ?

Je vais vous le dire tout de suite, je ne suis pas au courant de cette information. Google est une grande société, même l’équipe de Google Afrique est très large et travaille sur plusieurs aspects. Mais, ce que je peux vous dire, c’est que dans les pays où nous intervenons, nous cherchons des solutions pour que les gens qui produisent les contenus puissent en bénéficier.

Aujourd’hui, Google est une vaste machine qui rassemble des millions de données plus ou moins privées des internautes. Ne faut-il pas avoir peur de Google qui dispose tellement d’informations sur ses millions d’utilisateurs ?

Je prends la question de manière dubitative. Je ne suis pas tout à fait d’accord avec vous. Ce que Google a, c’est l’ensemble des sites web et des données publiques publiées pas les internautes. Le travail de Google, c’est d’indexer ces données, c’est le cœur de notre métier. Nous avons ensuite des services personnalisés comme gmail qui permet aux utilisateurs d’ouvrir un compte. Sur ces comptes là, nous faisons un grand effort de protection des données des utilisateurs. La preuve, notre propre plateforme de messagerie est la même. Donc, en termes de sécurité, nous sommes très exigeants. Encore une fois, il y a une règle chez Google : « User comes first », entendez, l’utilisateur vient en premier. Ce qui importe pour l’utilisateur nous importe et nous cherchons à le protéger au maximum.

Au Cameroun, il n’y a pas encore une représentation de Google. A quelle échéance pouvez-vous vous installer de manière définitive au Cameroun ?

Pour le moment, nous avons six bureaux en Afrique. Le bureau de Dakar représente celui de l’Afrique francophone. Selon le développement des activités, les choses vont évoluer. Mais, nous ne travaillons pas encore sur cela. Nous espérons bien développer notre activité et avoir un jour une équipe dans chaque pays africain. Personnellement, c’est mon rêve.

Quel souvenir gardez-vous du Cameroun après les deux jours passés à Douala dans le cadre des G-Cameroon ?

Je suis venu pour la première fois au Cameroun dans le cadre de Google il y a un an et demi. A l’époque, le Cameroun n’était pas dans cette liste des pays prioritaires et je suis tombé amoureux du pays. Ce qui m’a frappé au Cameroun, c’est son potentiel humain. J’y ai rencontré beaucoup de personnes extrêmement compétentes, entrepreneurs, qui n’attendent pas qu’on fasse quelque chose pour eux, mais qui sont en train de construire leur propre business à eux. Les jeunes veulent développer leur propre projet et je trouve cela passionnant. C’est la clé de la croissance et du développement en Afrique. Donc, levons les autres barrières et libérons l’énergie de ce pays.

Propos recueillis par Beaugas-Orain DJOYUM

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